Arts de faire micropolitiques


Articles de Pascal NICOLAS-LE STRAT portant sur Les micropolitiques :

Toute expérience possède simultanément une portée micrologique et une portée macrologique. Macro et micro introduisent deux écritures possibles d'une situation. Une même action montera donc en existence parfois sur un mode micro, parfois sur un mode macro. Le choix du micro ne traduit pas une préférence pour des réalités maintenues à portée de main comme si, en les faisant « petites » ou en les formulant petitement, on les maîtrisait mieux. Le choix du micro est une stratégie d'action. Procéder à partir de micro-dispositifs est une manière de donner de multiples impulsions à un projet ou à une expérimentation. La logique micro est une stratégie d'intensification.

Expérimenter, c'est constituer un contre-pouvoir à l'intérieur même des situations. Expérimenter, c'est faire advenir de nouvelles formes de vie et d'activité, de pensée et de création. Expérimenter, c'est se montrer aussi inventif et créatif que le sont les formes contemporaines de pouvoir. Expérimenter, c'est opposer aux dispositifs de domination une puissance d'autonomie et de singularisation. Expérimenter, c'est faire varier une situation pour en moduler les perspectives. Expérimenter, c'est déployer une question à l'endroit même où les institutions imposent une solution.

Les interstices représentent ce qui résiste encore au sein de l'institution, ce qui résiste aux emprises normatives et règlementaires, ce qui résiste à l'homogénéisation et à l'appropriation. Ils constituent en quelque sorte une réserve de "disponibilité". Du fait de leur statut provisoire et incertain, les interstices laissent deviner ou entrevoir un autre processus de fabrication des institutions et des espaces urbains, ouvert et collaboratif, réactif et transversal. C'est effectivement sur ce plan-là, à la fois méthodologique et formatif, politique et euristique, que se vérifie l'importance de l'expérience interstitielle et des occupations temporaires.