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Ce site présente les activités de recherche et publications de Pascal Nicolas-Le Strat et propose de nombreux articles en "libre lecture" (français et traduction).
L'ensemble des livres de Pascal Nicolas-Le Strat peut être commandé à partir de ce site.

Mon Journal de recherche est mis en ligne sur le blog http://blog.le-commun.fr
Cette recherche concerne "La coopération dans l'activité" et devrait donner lieu à la soutenance d'un mémoire d'Habilitation à Diriger des Recherches (HDR).
Je souhaite expérimenter ce dispositif d'un double point de vue : à la fois l'intérêt (ou pas) de publiciser la recherche-se-faisant dans un contexte académique qui ne reconnaît encore majoritairement que la recherche aboutie, à la fois la forme blog et l'effet de visibilité qu'elle introduit dans mon propre processus de travail.
Ce Journal de recherche est tenu en cours de semaine et il est mis en ligne habituellement le week-end qui suit. Ce décalage entre le moment de l’écriture et le moment de la publicisation me permet, sur un plan technique, une relecture et, sur le plan de l’implication, de maintenir un minimum de distanciation.
Un lecteur n'interprète pas un texte, il le fabrique. Les textes ne sont rien d'autre que ce que nous en faisons lorsque nous les lisons. Stanley Fish opère un renversement de la posture du lecteur : du destinataire de l'oeuvre il fait un producteur, du lecteur-récepteur il fait un lecteur-faiseur des textes. Cette thèse selon laquelle les textes ne sont que ce que nous en faisons ne tient qu'à condition d'accorder toute son importance à la communauté interprétative dans laquelle s'exerce cette capacité à fabriquer le texte.
Notre devenir-multitude est fondamentalement un champ ouvert au désir d'expérimenter notre vie ou notre activité sur le mode d'un être-nombreux, à l'occasion d'une coopération de travail, d'une rencontre, d'un jardin commun ou de la constitution d'une collégialité de pensée. Et c'est bien cet effort soutenu et insistant d'expérimentation qui évite que cet idéal ne se referme sur une identité compacte, souvent formulée en majuscule (un Collectif, un Sujet, une École de pensée,...), et ne se retrouve piégé dans une entité unitaire (une oeuvre d'art, une culture professionnelle, un concept, un programme...).
Comment conjuguer, dans le même mouvement critique, pouvoir de refus et capacité à explorer des possibles ? Comment déconstruire une logique oppressive tout en expérimentant, conjointement, de nouvelles modalités d'activité ou de vie ? Comment destituer ce qui nous contraint et, contemporainement, donner réalité à ce à quoi nous aspirons ?Tentons de formuler cette question autrement. Dans quelle mesure l'intensité et l'ampleur, fondamentalement positives, de nos expériences collectives contribuent à mettre en crise les rapports sociaux les plus disqualifiants et coercitifs ? Comment éviter que la puissance de refus et d'opposition ne se referme sur elle-même et ne se bloque dans son moment négatif ? Comment parvient-elle, au contraire, à se convertir positivement en potentiel d'affirmation et en nouvelles dispositions de vie et d'activité ? Jusqu'à quel point le moment destituant, absolument essentiel, parvient-il à se transcender et à se redéployer comme puissance d'expérimentation, d'agencement collectif ou de construction commune ?
Ce texte se propose d'interroger l'articulation entre engagement critique et expérimentation à partir des initiatives prises par différents acteurs socio-politiques qui s'attachent à contredire les formes dominantes de faire la ville et de la vivre, de constituer les activités et de les pratiquer, de concevoir les institutions et de les gouverner. A l'occasion de ces expérimentations, ils mettent en quelque sorte leur intention critique à l'épreuve des situations rencontrées. Ils ne se bornent pas à désavouer une réalité, et à la contredire, mais ils s'efforcent de la moduler sur un mode inédit ou de l'inscrire dans de nouvelles perspectives. Ils s'approprient une situation mais pour mieux en contrecarrer la logique. On peut dire qu'ils cherchent à retourner la situation contre elle-même en la mettant en jeu dans des formes nouvelles.
Un usage incruste ses propres dimensions, ses agencements, à l'intérieur des espaces et des bâtis dans lequel il se manifeste. Il griffonne en ces lieux une nouvelle perspective. Il s'intercale et dérègle leur fonctionnement. Il leur accorde de la sorte un surcroît d'existence, inattendu, importun, parfois inespéré. Un usage insuffle de nouvelles intensités de vie : de l'étonnement et de l'agacement, des tensions et du plaisir. Il peut parfois apparaître si improbable que les regards se posent sur lui sans s'attarder. Son caractère déconcertant peut aussi dissuader toute attention; le regard alors s'échappe de peur d'être compromis. Un usage peut donc persister tout en restant en deçà d'un seuil de visibilité et de lisibilité. Trop dérangeant pour être vu. Trop insolite pour être approprié et déchiffré.